« Commémorons nous-même » dit le rappeur Youssoupha. J’aime bien la formule.
Le 15 novembre 1998, Kwame Touré né Stokely Carmichael, décède à Conakry où il est enterré au cimetière Cameroun au côté d’autres grands révolutionnaires Guinéens et Africains sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.
De Stokely Carmichael à Kwame Touré : un itinéraire d’un vrai révolutionnaire
Kwame Touré est une figure majeure du légendaire mouvement Black Power, militant infatigable, panafricaniste assumé, et en définitive un Citoyen Africain de Guinée.
Aux États-Unis, Stokely Carmichael s’est imposé dès les années 1960 comme un stratège brillant et un organisateur hors pair dans le cadre de lutte pour les droits civiques. Ancien dirigeant du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), il incarne la rupture avec le réformisme. C’est lui qui popularise, en 1966, le slogan devenu mondial : « Black Power ».
Mais loin de se limiter à la lutte pour les droits civiques des noirs américains, Carmichael comprend tôt que : « Les Noirs d’Amérique ne seront jamais libres tant que l’Afrique ne sera pas libre. » Ce constat le conduit naturellement vers l’Afrique et le panafricanisme révolutionnaire.
Conakry : entre amour et révolution
En 1969, Carmichael quitte définitivement les États-Unis et s’installe en Guinée.
Il y adopte un nouveau nom : Kwame Touré, en hommage à deux figures du Panafricanisme qui ont façonné sa pensée : Kwame Nkrumah et Ahmed Sékou Touré.
Il y rencontre Miriam Makeba, la grande diva sud-africaine également réfugié en Terre Africaine de Guinée à l’époque. Ils se marient en 1968. Leur union dépasse le cadre personnel : elle incarne une convergence militant-artistique entre la lutte pour les droits des Noirs aux États-Unis et l’espoir de libération africaine. En Guinée, Miriam Makeba propose ses chansons et son engagement culturel, tandis que Kwame Touré approfondit sa réflexion panafricaine dans l’entourage du président Ahmed Sékou Touré.
Miriam Makeba et Stokely Carmichael, 12/09/1968, Conakry, Guinée CAFP
- STR/ AFP FILES
Un héritage qui reste également à explorer
Kwame Touré était un penseur prolifique. Il a laissé plusieurs œuvres, discours, conférences dont les thèmes centraux sont toujours d’actualité brûlante : sur l’unité africaine, sur l’auto-organisation, sur la rupture politique, etc. On peut par exemple citer :
• Black Power: The Politics of Liberation (1967), co-auteur avec Charles V. Hamilton. Ce livre explique le concept de « Black Power », examine les racines du racisme institutionnel aux États-Unis et propose une nouvelle forme de participation politique pour les Noirs américains.
• Stokely Speaks: From Black Power to Pan‑Africanism (1971) : recueil d’articles, essais, discours de Carmichael/Touré, marquant sa transition vers le panafricanisme.
• Ready for Revolution: The Life and Struggles of Stokely Carmichael (Kwame Ture) (2003/2005) : autobiographie/mémoires où il retrace sa vie, son passage du mouvement des droits civiques aux luttes panafricaines.
Je termine par dire que la Guinée gagnerait, dans le cadre de sa politique de Branding, à mettre en valeur son patrimoine historique révolutionnaire qui est riche.
Ainsi Stokely Carmichael, figure mondiale est enterré à Conakry de même que Félix Félix-Roland Moumié, figure panafricaine, Président de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) après la mort de Ruben Um Nyobé. Comme nous l’avons vu, Nkwame Nkrumah a également été enterré en Guinée avant de voir sa dépouille transféré dans son pays natal lorsque les conditions politiques furent favorables. Il en est également de même d’ Amilcar Cabral assassiné à Conakry le 20 janvier 1973.
Baïla Amadou Traoré
Citoyen Africain de Guinée