Dans un communiqué publié par sa Direction Commerciale et Marketing, la Société de Gestion des Aéroports de Guinée (SOGEAG-SA) a présenté les résultats de l’exercice 2025 de l’Aéroport International Ahmed Sékou Touré (AIAST), qualifiés d’historiques.
Les indicateurs sont les suivants :
• 957 820 passagers, contre 788 879 en 2024, soit une progression de +21,4 %
• 9 290 tonnes de fret, contre 5 012 tonnes en 2024, soit +85,3 %
• 13 067 mouvements d’aéronefs, contre 10 970 l’année précédente, soit +19,1 %
Ces chiffres s’inscrivent certes dans la reprise post-Covid du transport aérien mondial, mais ils traduisent surtout une dynamique économique et structurelle propre au contexte guinéen.
Une dynamique nationale portée par une vision stratégique pour le secteur
La progression observée en 2025 intervient dans un contexte marqué par la le lancement et la montée en puissance du projet Simandou, structurant pour l’économie nationale.
L’intensification des flux liés aux activités minières et industrielles entraîne mécaniquement une augmentation des déplacements professionnels, un accroissement des opérations logistiques et une hausse significative du trafic cargo spécialisé.
Ces performances sont également le résultat de décisions stratégiques prises par le Président de la République et mises en œuvre sous la coordination du Ministère des Transports, en articulation avec la Primature, dans une logique de consolidation des infrastructures nationales.
Recomposition de l’actionnariat : l’État devient actionnaire à 100 % (décembre 2022)
En décembre 2022, l’État guinéen a procédé au rachat des 49 % de parts détenues par le Groupe ADP, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux (CCIB), devenant ainsi actionnaire unique de la SOGEAG.
Cette recomposition de l’actionnariat a marqué un tournant stratégique. Elle a été suivie du lancement du projet d’extension et de modernisation de l’AIAST, aujourd’hui en phase avancée.
La progression simultanée de +21 % des passagers et +19 % des mouvements traduit la capacité de gestion étatique de la plateforme dans un contexte de montée en charge, ce qui suppose un fonctionnement coordonné de l’ensemble de l’écosystème.
Gestion, navigation, sûreté, régulation : un écosystème structuré
Une plateforme approchant le million de passagers annuels exige une organisation opérationnelle stabilisée, une planification capacitaire et une optimisation continue des flux.
L’augmentation du trafic pose également des défis accrus en matière de sûreté : renforcement du filtrage et du contrôle des accès, sécurisation du fret, gestion des marchandises dangereuses.
Parallèlement, les services de navigation aérienne — assurés par l’Agence De Navigation Aérienne (ANA-S.A.) et la Fir Roberts — garantissent la sécurité des mouvements dans un espace aérien plus dense, chaque vol supplémentaire impliquant une exigence technique accrue.
L’AGAC : garant stratégique de l’équilibre du secteur
Au cœur de cet écosystème se trouve l’Autorité Guinéenne de l’Aviation Civile (AGAC), établissement public administratif placé sous la tutelle technique du Ministère des Transports.
Conformément à l’article I.2.1 du Code de l’Aviation civile, l’AGAC est notamment chargée d’élaborer la législation et la réglementation aéronautiques, d’assurer la supervision et le contrôle des activités de l’aviation civile, de veiller au respect des normes de sécurité et de sûreté.
Son rôle est donc à la fois technique, juridique et économique.
Elle supervise la conformité des aérodromes, assure la surveillance de la sécurité (safety) et de la sûreté (security), et veille à l’application des normes et pratiques recommandées de l’OACI.
En outre, l’AGAC exerce une fonction de régulateur économique du transport aérien en veillant notamment à la conformité des redevances aéroportuaires aux principes de transparence et de non-discrimination consacrés par l’article 15 de la Convention de Chicago, au respect des accords bilatéraux de services aériens, à l’équilibre concurrentiel du marché.
La croissance du trafic renforce mécaniquement l’importance stratégique de cette fonction de régulation.
Perspectives : consolider et préparer l’étape suivante
Les résultats 2025 constituent un signal fort qui
et appellent une phase de consolidation. À mesure que la plateforme se rapproche du seuil symbolique du million de passagers et que les flux cargo progressent rapidement, les exigences augmentent : adaptation des capacités infrastructurelles, modernisation continue des équipements, digitalisation des procédures, et surtout renforcement des compétences techniques et mobilisation de ressources financières durables.
Le contexte actuel offre donc une fenêtre stratégique qui, inscrite dans une vision cohérente et maîtrisée, permettra de transformer une progression conjoncturelle en trajectoire durable pour l’aviation civile guinéenne.
Baïla Amadou Traoré
Sous-Directeur Législation et Accords Aériens
Autorité Guinéenne de l’Aviation Civile