Le vendredi 12 décembre 1958, à New York, l’Assemblée générale des Nations Unies, réunie pour sa 789e séance plénière dans le cadre de sa treizième session, examine au point 73 de l’ordre du jour la question de l’admission de la République de Guinée comme Etat membre.
Le Président de la session, M. Charles MALIK (Ministre Libanais des Affaires Étrangères) indique que le projet de résolution est présenté par les délégations de l’Irak et du Japon et précise que le Ghana et Haïti ont également demandé à patronner le texte, de sorte que le projet est considéré comme ayant pour auteurs : le Ghana, Haïti, l’Irak et le Japon.
A l’issue des débats, l’Assemblée générale adopte la résolution A/RES/1325 (XIII) admettant la République de Guinée au sein de l’Organisation.
Lafreecano.com vous propose l’intégralité du discours de Diallo Telli à l’issue du vote, qui avait reçu mandat du Gouvernement Guinéen présidé par Sékou Touré, de représenter le jeune Etat pour sa première grande bataille diplomatique, qui fut une victoire éclatante qui n’allait pas de soi, tant les obstacles étaient nombreux, particulièrement ceux posés par la France. (des passages sont mis en gras pour susciter l’attention pour des prochaines analyses).
Déclaration de Diallo Telli (République de Guinée) à l’Assemblée générale des Nations Unies, 13e session, 789e séance plénière – 12 décembre 1958
« C'est tout à la fois un grand honneur et un privilège singulier, pour moi, de représenter ici, en ce jour solennel, la jeune République de Guinée que l'Assemblée générale, sur la recommandation quasi unanime du Conseil de sécurité, vient d'admettre, je le note, sans opposition en tant que quatre-vingt-deuxième Membre de l'Organisation des Nations Unies.
Qu'il me soit permis tout d'abord, Monsieur le Président, de vous dire combien j'ai été profondément touché des paroles aimables par lesquelles vous venez d'accueillir le représentant du nouveau-né sur la scène internationale, paroles qui, par-dela ma personne, s'adressaient bien, en fait, au peuple de la République de Guinée, en ce moment même tout entier tourné vers nos assises.
Aussi bien, c’est au nom de ce peuple, de son gouvernement et de son président, Mr. Sékou Touré, notre guide bien-aimé, que je voudrais vous exprimer nos remerciements et notre gratitude pour l’acte de confiance que vous venez de placer dans le plus jeune État du monde ayant accédé à l'indépendance nationale.
Je voudrais aussi que soient associés à ces remerciements, bien sûr, tous les Etats amis qui nous ont reconnus, mais aussi tous les peuples, toutes les autorités, publiques et privées, qui, de tous les continents, nous ont manifesté leur sympathie à l'occasion de notre libération et viennent de soutenir notre candidature auprès des diverses instances qualifiées de l'Organisation des Nations Unies.
Vous me permettrez, j'en suis sur, de réserver une mention spéciale à l'Etat frère du Ghana, dont l'amitié, l'assistance et l'esprit de solidarité agissante sont pour nous un gage réconfortant de la coopération interafricaine que nous appelons de tous nos vœux.
Bien que ses contacts avec le monde extérieur aient été, dans le passé, de la compétence exclusive du Gouvernement de la République française, le peuple de Guinée, à l'instar de tous les peuples assujettis et assoiffés de dignité et de liberté, a toujours suivi avec intérêt et attention les travaux de l'Organisation des Nations Unies, ses efforts inlassables pour le respect du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et les mesures concrètes qu'elle a préconisées et quelque fois adoptées en faveur des peuples en lutte contre la misère, l'oppression et la dépendance.
C'est ainsi qu'aux yeux du peuple de Guinée,
comme de tous les peuples de l'Afrique colonisée, l'Organisation des Nations Unies est apparue dès sa creation et est demeurée, malgré les imperfections et les vicissitudes inhérentes à l'Organisation internationale, comme la garantie la plus sûre et l'espoir ultime des petits pays et des peuples dépendants qui cherchent à se libérer de la domination étrangère.
Ce capital de confiance et d'espoir de tous les humbles de la terre est sans conteste, tout au moins pour nous, le plus beau titre et aussi le plus impérissable dont puisse s'honorer l'Organisation des Nations Unies. Ce capital précieux, la Guinée aura, pour sa part, le souci constant de le préserver et de le renforcer.
La Guinée a, vous le savez, pris son indépendance le 28 septembre 1958, dans le calme, dans l’unité et dans la dignité, à une majorité supérieure à 97 pour 100. Cette indépendance, le peuple de Guinée, groupé comme un seul homme derrière son gouvernement et son parti, l’a choisie sans aucun sentiment de haine et de xénophobie contre la France ou tout autre Etat mais pour se procurer le seul outil qui lui permettra de réaliser tout le reste, c'est-a-dire ses objectifs
essentiels sur le plan intérieur en Afrique et, enfin, sur le plan international.
La Guinée- j’ai le devoir de le proclamer — a une conscience aiguë de son appartenance à l'ensemble africain et des liens d'affinité et de solidarité qui l'unissent à tous les peuples d'Afrique et d'Asie. En outre, elle souhaiterait normaliser ses rapports avec la France, en vue d'une coopération loyale et compatible avec le respect de son indépendance, de sa dignite et des intérêts supérieurs du Peuple guinéen.
Mais, par-delà l'Afrique et la France, c'est à tous les Peuples du monde et à tous les États pacifiques et respectueux de légalité et de la liberté de tous les autres peuples que la République de Guinée offre son amitié et sa coopération pour l'accélération de son passage du stade de pays sous-développé à celui de pays techniquement et socialement développé. Dans nos rapports avec tous ces Etats, nous nous conformerons aux règles du droit international et notre attitude sera toute de clarté, de loyauté et de sincérité.
Notre jeune Etat, aux termes mêmes de sa constitution, donne son adhésion totale à la Charte des Nations Unies et à la Déclaratión universelle des droits de l'homme ; il accepte toutes les obligations qui en découlent, s'estime en état de les respecter et se déclare disposé à le faire.
Tel est le message que mon chef de gouvernement, M. Sekou Touré, m'a demandé de vous transmettre au nom de la jeune République de Guinée. En vous l'adressant, mon pays a conscience de demeurer fidèle a lui-même, fidèle à ses héros, fidèle à sa mission émancipatrice au service de l'Afrique et, enfin, fidèle à sa vocation universelle qu'il entend assumer pleinement pour le plus grand profit de toute la communaute internationale.
Baïla Amadou Traoré,
Citoyen Africain de Guinée
Source : Nations Unies, Assemblée générale, Procès-verbal de la 789e séance plénière (13e session), 12 décembre 1958, doc. A/PV.789, New York, disponible en ligne : https://documents.un.org/doc/undoc/gen/nl5/803/71/pdf/nl580371.pdf