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21 octobre 1945 : Yacine DIALLO est élu pour la première fois député de la Guinée

21 octobre 1945 : Yacine DIALLO est élu pour la première fois député de la Guinée


Yacine Diallo est une figure politique importante de notre histoire commune. Il est cité très souvent accompagné du titre de premier député de la Guinée à l’Assemblée Nationale française et en général ça s’arrête là.


Pourtant cet enseignant, diplômé de l’École normale William Ponty à Dakar (Sénégal) en 1917, a marqué son temps et l’Histoire de la Guinée d’une trace indélébile et nous verrons pourquoi. 


Un enseignant dévoué pour la Guinée 


D’abord parce que Monsieur Yacine Diallo a enseigné plusieurs années et dans plusieurs localités de la Guinée française, comme Pita dès 1917, Kissidougou en 1919, au cours normal de Conakry dès 1920, et à l’école primaire supérieure Camille Guy à Conakry, dont il est devenu par la suite le directeur et où il a notamment été chargé de l’enseignement de la musique, de l’histoire, de la géographie et du dessin. Il a aussi été directeur de l’école primaire de Boulbinet.


Cette  carrière dans l’éducation lui  a valu la d’être nommé officier des Palmes académiquesune distinction créée le 17 mars 1808 par Napoléon Iᵉʳ. L’une des plus anciennes décorations civiles françaises, qui récompense les services rendus à l’éducation, à la culture ou à l’université.


Cette distinction lui a été remise par le Président de la République française, Vincent Auriol, lors de sa visite à Conakry le 27 avril 1947, comme l’atteste un article du journal Le Monde du 29 avril 1947.


De l’éducation à la résistance puis à la politique


Yacine Diallo, fort de son expérience d’enseignant et de son réseau dans la Guinée profonde, va jouer un rôle de liaison important dans la résistance à l’occupation nazie en France, au point d’être décoré de la médaille de la Résistance française.


Cette distinction récompense « ceux qui se sont signalés dans l’œuvre de libération de la France ». Il fait donc partie de cette génération d’intellectuels africains qui vont se battre pour la libération de la France et vont ensuite revendiquer la même chose pour les populations dont ils sont issus.


L’élection du 21 octobre 1945 : la France en quête de Constitution et les Africains en quête de nouvelles libertés


En 1945, lorsque la France est libérée, les élites africaines commencent à revendiquer et obtenir davantage de droits sociaux et politiques pour les populations colonisées. C’est dans ce cadre que des réformes ont permis d’accorder aux colonies des représentants dans les nouvelles institutions de la France d’après-guerre.


Ainsi, les élections du 21 octobre 1945 avaient pour but d’élire une Assemblée constituante chargée de doter la France d’une nouvelle Constitution et de nouvelles institutions. Et pour la première fois, les colonies avaient droit à des représentants dans cette Assemblée.


Début de la carrière parlementaire de Yacine Diallo et de victoires successives 


Pour la Guinée, il y avait alors deux sièges à pourvoir, selon le principe du double collège électoral : un député élu par le premier collège (composé des citoyens français, majoritairement européens), et un autre élu par le second collège (composé des “non-citoyens” africains dits « évolués », c’est-à-dire les fonctionnaires, chefs traditionnels et diplômés).


Ainsi, pour ce second collège, Yacine Diallo était candidat, tout comme Mamba Sano et Lamine Kaba. Yacine Dialo remportera ces élections et sera élu premier et unique député de la Guinée française à l’Assemblée constituante, c’est-à-dire chargé de proposer une Constitution.


Cette première Constitution sera rejetée par référendum le 5 mai 1946. Une seconde Assemblée constituante sera alors élue, et Yacine Diallo sera réélu face aux mêmes adversaires le 2 juin 1946.


Cette fois-ci, la Constitution proposée par cette seconde Assemblée sera adoptée par référendum le 13 octobre 1946 et promulguée le 27 octobre 1946, donnant ainsi naissance à la IVᵉ République.


Député au sein de l’Assemblée Nationale de la IV République 


Yacine Diallo siégera au sein de la 1ʳᵉ législature du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951, puis sera réélu pour la 2ᵉ législature du 17 juin 1951 jusqu’à son décès le 14 avril 1954, en compagnie de Mamba Sano. 


Avec l’adoption de la Constitution du 27 octobre 1946, la IVᵉ République remplace le double collège par un collège unique, dans lequel tous les électeurs participent au même scrutin. 


Aux premières élections législatives du 10 novembre 1946, Yacine Diallo est élu député sous l’étiquette SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), tandis que Mamba Sano, candidat indépendant, obtient le second siège.


En 1951, la loi électorale du 7 mai élargit encore la représentation de la Guinée à trois sièges. Au scrutin du 17 juin 1951, la liste socialiste menée par Yacine Diallo remporte deux sièges, attribués à Yacine Diallo lui-même et à Albert Liurette, tandis que le troisième siège revient à Mamba Sano. Les trois représenteront ensemble la Guinée à l’Assemblée nationale jusqu’en 1954 au décès de Yacine Diallo. 


Durant ses mandats successifs, Yacine Diallo siège notamment à la Commission des territoires d’outre-mer et à la Commission de l’éducation nationale, où il plaide pour le développement de l’enseignement, des infrastructures de santé et de la recherche scientifique en Afrique occidentale française.


Un héritage important mais qui reste à explorer et surtout à reconnaître


Yacine Diallo a marqué l’Histoire de la Guinée comme nous l’avons vu en étant le premier homme politique de premier plan à émerger lors des premières heures de la politique guinéenne.


En tant que député et homme politique d’envergure, il a contribué à la mise en place de nombreux projets structurants pour la colonie de Guinée.


Le journaliste et essayiste sénégalais Jean-Pierre N’Diaye a préfacé la biographie qu’il lui a été consacré par Boubacar Yacine Diallo, actuel Président de la Haute Autorité de la Communication. Il lui y attribue un rôle dans la création d’un premier institut de recherche agronomique, de l’Institut Pasteur de Conakry, ainsi que dans le développement de la station de recherche sur le quinquina à Macenta.


Toutefois, le gouverneur de la Guinée française précise dans son livre L’Avenir de la Guinée Française(Larose, 1940) que ce projet existait déjà dans les années 1930 : « La station agricole de Sérédou fut créée par arrêté du Gouverneur de la Guinée française, le 5 septembre 1939, sous la dénomination de Station d’Expérimentation du Quinquina et du Caféier. Le but était de procéder aux études sur l’acclimatation du quinquina ainsi que sur la sélection, l’amélioration et la multiplication des variétés de caféiers dans la région forestière de Guinée. »


Malheureusement il faut déplorer que, jusqu’à une période très récente, aucun édifice public, aucune école publique ni avenue ni rue ne portait le nom de Yacine Diallo. Seule une école privée à Labé lui rendait hommage.


Récemment, le CNRD lui a attribué le nom d’une villa à la cité ministérielle et probablement une rue à Kaloum, où plusieurs voies ont été renommées en hommage à des personnalités historiques. C’est un geste à saluer et encourager. 


Je rêve qu’on lui rende un hommage plus grand. Par exemple une grande institution d’enseignement comme les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) actuellement en chantier à Dalaba. 


Baïla Amadou Traoré

Citoyen africain de Guinée