Points de vue

Accessibilité en Guinée : le cri de cœur d’une citoyenne pour l’inclusion des personnes en situation de handicap

Ce point de vue se veut l’écho d’un coup de gueule ou plutôt d’un cri de cœur, qui mérite d’être relayé, amplifié, et entendu partout où besoin est, et il est partout sous nos tropiques.


Dans cette vidéo postée sur le réseau social Instagram, cette citoyenne excédée par le manque de prise en compte des personnes en situation de handicap par les structures privées et par l’Etat, notamment sur la question de l’accessibilité, part de son expérience personnelle, mais le sujet dépasse de loin son cas individuel.


Mariétou LY est Fondatrice et Consultante Senior du cabinet de ressources humaines HR CONNECT GUINEE. Elle est malentendante et souhaite simplement que cela soit pris en compte par les organisateurs d’événements, qu’ils soient publics ou privés. Pour ce faire, elle propose la réservation d’un petit pourcentage de places à l’avant pour les personnes en situation de handicap (malentendants, malvoyants, personnes à mobilité réduite, etc.).


Elle déplore d’une part que cela ne se fasse pas d’emblée et qu’en plus lorsqu’elle le demande, la réponse des organisateurs  est que les places à l’avant sont réservées aux officiels. Elle termine en précisant que ce n’est pas de la charité qu’elle réclame mais juste l’opportunité d’accéder aux mêmes droits et avantages que les autres. 


Et c’est à ce niveau que je veux prolonger ce cri de cœur en posant la question suivante : que disent nos lois au sujet de l’accessibilité pour les citoyens en situation de handicap et surtout comment faire en sorte de les appliquer ?


État et citoyens sont interpellés 


Dans son cri de coeur, cette citoyenne interpelle à la fois l’Etat, à travers le Ministère de la promotion féminine, de l’enfance et des personnes vulnérables, mais aussi les organisateurs de manifestations ouvertes au public. 

 

Il est en effet tout à fait pertinent de poser le problème à ces deux niveaux, car le respect des droits humains s’impose à la fois verticalement et horizontalement :

verticalement, à l’État, qui a l’obligation de garantir et faire appliquer la loi du haut vers le bas ;

horizontalement, aux citoyens et aux institutions privées, qui ont le devoir moral et civique d’agir en cohérence avec ces principes vis-à-vis de leurs concitoyens.


Surtout si ces principes sont volontairement intégrés dans notre ordre juridique.


Des principes fondamentaux consacrés par nos textes 


Parlons tout d’abord de la Constitution de la République de Guinée récemment adoptée par référendum le 26 septembre 2025. (À défaut d’avoir pu consulter la version publiée au Journal Officiel (JO), je me base sur le projet de constitution publié au JO avant d’être soumis au référendum)


Trois articles de cette constitution méritent d’être rappelés ici.


Tout d’abord l’article 7 qui dispose que : « Les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits. Toutes les formes de discrimination basées sur l’ethnie, la région, la religion, la couleur de la peau, le sexe, le patronyme ou le prénom, la langue, l’état physique ou mental ainsi que les croyances et les opinions politiques, philosophiques ou religieuses sont interdites. Nul ne peut être privilégié ou désavantagé pour les raisons énumérées ci-dessus. »


Cet article est clair : nul ne doit être désavantagé en raison de son état physique ou mental au nom du principe d’égalité en dignité et en droits. Or, si les organisateurs d’événements publics ne prévoient aucune mesure d’accessibilité, les personnes en situation de handicap se retrouvent naturellement désavantagées au sens de la loi fondamentale.


Ensuite évoquons l’Article 22 qui dispose que « L’État garantit le droit à la santé. » et l’Article 27 que « Les personnes en situation de handicap ont droit au bien-être. L’État garantit leur accès à la formation, aux infrastructures à usage public et aux moyens de transport publics. […] ».


Des lois spécifiques pour protéger les personnes en situation de handicap


Pour traduire ces principes, l’Etat s’est doté de textes législatifs et réglementaires notamment la loi N° L/2018/021/AN relative à la promotion et à la protection des droits des personnes handicapées en République de Guinéeadoptée le 15 mai 2018. Elle a récemment été amendée par le Conseil National de la Transition (CNT) mais je n’ai pas pu consulter la nouvelle loi qui n’est pas encore disponible en ligne. 


Cependant, le rapport de la Commission Santé, Education, Affaires sociales et Culturelles du CNT sur le projet de loi portant Promotion et Protection des Droits des personnes en situation de handicap en République de Guinée, présenté par le rapporteur Sekou Doré, est consultable en ligne.

 

Ce rapport nous apprend notamment que l’amendement de la loi vise notamment à « […] durcir les sanctions contre les auteurs de discrimination et de rejet envers les personnes en situation de handicap ;[…] assurer l’accès à l’information, à la communication, aux moyens de transports et aux infrastructures publiques et privées à usage public aux personnes en situation de handicap ; promouvoir l’exercice des activités artistiques, culturelles, sportives et de loisirs en faveur des personnes en situation de handicap […] ». 


Le rapporteur conclut que « L’adoption de ce projet de loi comblera un vide juridique et   permettra à nos frères et sœurs en situation de handicap de jouir pleinement de leurs droits et d’exercer leurs devoirs en toute responsabilité. » 


Espérons que cela ne reste pas un vœu pieux qui rejoindra la longue liste de textes de loi non appliqués dans notre pays.


Des dispositions importantes non appliquées sur l’accessibilité des bâtiments 


Un autre enjeu très important que soulève cette question est l’accessibilité des bâtiments publics ou privés accueillant le public pour les personnes en situation de handicap et particulièrement celles à mobilité réduite. Elle est quasi inexistante alors que là encore des dispositions existent qui méritent d’être vulgarisées et surtout strictement appliquées. 


Le Code de la construction et de l’habitation de la République de Guinée, qui date du 13 Août 2015, dispose en son article 33 alinéa 2 : « Les dispositions conceptuelles des immeubles à usage d’habitation, de commerce, de service, des édifices sanitaires et scolaires, plus généralement des établissements recevant du public, doivent permettre leur facilité d’accès aux personnes handicapées. »


Tout le monde peut faire le constat sur le niveau d’application de cette disposition dans nos services publics. 


Pourtant toutes ces dispositions posent clairement les bases juridiques d’une obligation d’inclusion pour l’Etat et pour les citoyens. 


Responsabilité partagée et mutualisation des efforts 


Pour faire appliquer ces principes l’Etat s’est doté d’un département ministériel notamment « chargé de la conception, l’élaboration et la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de promotion des personnes vulnérables. Il a parmi ses missions « de promouvoir l'inclusion et de l'autonomisation des personnes handicapées […]» et de les protéger « contre toute forme de violence ».(Décret D/2022/091/PRG/CNRD/SGG du 10 février 2022, portant Attributions et Organisation du Ministère de la Promotion féminine, de l'enfance et des personnes vulnérables.)


Il doit naturellement être l’outil principal de l’Etat pour garantir et faire respecter ces droits, en harmonie avec les citoyens que sont les organisateurs d’événements, les entreprises, les écoles, les médias, les institutions religieuses… tous ont un rôle à jouer dans cette inclusion.


Il ne s’agit donc pas d’une faveur qui est demandée mais la simple  application des principes fondamentaux consacrés par nos lois que nous avons librement adoptées.


Je termine en rappelant d’une part que la Solidarité n’est pas un vain mot mais est le troisième et dernier mot de notre devise nationale et, d’autre part qu’on peut mesurer le degré d’avancement d’une société à sa manière de traiter les plus vulnérables, pour paraphraser un certain adage. 


Baïla Amadou Traoré,

Citoyen Africain de Guinée