Le 10 décembre 2025, à New Delhi (Inde), le Comité intergouvernemental de l’UNESCO a inscrit « la pratique du son cubain » sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
La Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité a pour objectif de donner une meilleure visibilité au patrimoine immatériel (pratiques, savoir-faire, rituels, musiques, fêtes, traditions vivantes) et de sensibiliser à son importance. Elle est alimentée par des candidatures proposées par les États et examinées chaque année par le Comité intergouvernemental. Le patrimoine matériel renvoie quant à lui à des biens physiques : monuments, villes historiques, paysages culturels, sites archéologiques, mais aussi patrimoines naturels (parcs, écosystèmes).
Le son Cubain consacré, une continuité logique pour Cuba
Dans sa fiche d’inscription, l’UNESCO décrit le son Cubain comme une pratique traditionnelle de musique et de danse mêlant chant, instruments, rythme et mouvement, jouée en duo ou en groupe, avec improvisation et motifs structurés. Les paroles, tirées de la vie quotidienne, sont transmises oralement. L’UNESCO rappelle que le son réunit des influences musicales africaines et européennes.
Le son Cubain n’est pas le premier patrimoine Cubain à être inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La Tumba Française y avait été déjà inscrite en 2008. Ce style de danse, chant et jeu de tambour est arrivée dans l’est de l’île avec des populations venues d’Haïti dans les années 1790. Elle incarne l’un des liens les plus anciens avec le patrimoine afro-haïtien de la région de l’Oriente cubain et résulte d’un mélange entre des héritages d’Afrique de l’Ouest (notamment du Dahomey) et des danses françaises traditionnelles.
A cela s’ajoute une série d’inscriptions déjà obtenues : la rumba à Cuba (2016), le Punto (2017), les Parrandas (2018), les maîtres du rhum léger (2022), le Bolero (2023), le Savoir-faire autour du pain de manioc (2024).
Et côté patrimoine matériel, Cuba compte 9 biens inscrits au Patrimoine mondial (7 culturels, 2 naturels), dont : La Havane (centre historique et fortifications), Trinidad et la Vallée de los Ingenios, la Vallée de Viñales, Cienfuegos, Camagüey, ou encore les parcs nationaux Alejandro de Humboldt et Desembarco del Granma.
Cela illustre parfaitement à la fois la richesse culturelle de Cuba et le résultat d’une stratégie de dossier, d’inventaire, de preuve, de communautés impliquées, et de continuité institutionnelle, qui a largement contribué à faire rayonner Cuba à l’international et à renforcer son attractivité touristique. Ces inscriptions, en plus de continuer à préserver ces richesses culturelles, agissent comme un label.
Ces stratégies de valorisations ont contribué à attirer des millions de touristes et à susciter de milliers d’échanges culturels entre Cuba et le monde. Cette dynamique a porté ses fruits concrets en portant l’économie cubaine à bout de bras pendant des années avant que celle-ci ne soit ravagée par l’épidémie du Covid couplée au blocus inhumain imposé par les USA.
La Guinée a des atouts pour briller culturellement dans le monde
Le Branding national de la Guinée gagnerait à s’inspirer de Cuba et à faire d’une priorité la préservation et la promotion de nos richesses culturelles, notamment en passant par leur inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Et évidemment la Guinée ne partirait pas de zéro avec l’espace culturel du Sosso-Bala, inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba (bien transfrontalier), inscrite dès 1981 comme un site du Patrimoine mondial.
@ Philippe Bordas / UNESCO
Aussi, il est réjouissant de constater que la Guinée ait manifesté l’intention de proposer pour l’inscription de cinq de ses joyaux culturels et historiques au Patrimoine Mondial : le Massif du Fouta Djallon, le Paysage culturel Bassari, Niani cité médiévale ancienne capitale de l'empire du Mali, le Parc National du Badiar (PNB), la case de couronnement des Almamy du Fouta Djallon.
@ Office National du Tourisme - la case de couronnement des Almamy du Fouta
A noter qu’elle avait aussi manifesté cette intention en 2001, sans aller au bout du processus, en inscrivant trois patrimoines qui figurent encore sur la liste indicative : l’Architecture vernaculaire et paysage culturel mandingue du Gberedou/Hamana, le Paysage culturel des monts Nimba, la Route de l'esclave en Afrique, segment de Timbo au Rio Pongo.
La Guinée a déjà démontré qu’elle sait faire rayonner sa culture à grande échelle. Dès 1952, les Ballets Africains, fondés à Paris par Keïta Fodéba, ont fait rayonner la Guinée sur la scène africaine et internationale. Aussi, à l’aube de l’indépendance, la politique culturelle des années 1960 a vu émerger des orchestres nationaux emblématiques (Balla et ses Balladins, Keletigui et ses Tambourinis, Bembeya Jazz, Horoya Band,etc.). Ajouté à ceux-ci, le label d’État Syliphone (créé en 1967) qui a produit des centaines d’enregistrements et marqué l’histoire musicale africaine.
Sans oublier aujourd’hui des patrimoines tels que le Puttoh du Fouta, la Mamaya de Kankan, le Soli de Kindia, les rites initiatiques de la Forêt Sacrée, etc.
Bref le patrimoine en tout cas existe, même s’il est parfois menacé de disparition. La question est : le documente-t-on réellement, l’inventorie-t-on, le protège-t-on, le défend-on à l’international avec des dossiers solides ? Ces questions valent aussi bien pour la Guinée que pour les autres États Africains, sachant évidemment que certains se débrouillent mieux que d’autres.
Baïla Amadou Traoré
Citoyen Africain de Guinée