Points de vue

Le Mali, la guerre terroriste multiforme et l’Union Africaine des communiqués

Depuis plusieurs semaines, le Mali fait face à une offensive multiforme dans la guerre asymétrique qu’il mène contre les groupes armés terroristes depuis plus de quinze ans. 


Cette offensive vise à imposer un blocus : les convois de carburant sont attaqués, incendiés ou empêchés d’atteindre la capitale. Résultat : une pénurie de carburant à Bamako et dans plusieurs grandes villes, provoquant un ralentissement de l’économie, l’arrêt provisoire des cours et une pression accrue sur les ménages.


Mais à cette offensive militaire et logistique s’est ajoutée une offensive informationnelle de grande ampleur, menée par les médias occidentaux et les trolls Françafricains.


De la guerre informationnelle et psychologique 


L’illustration la plus parlante de cette campagne : le « compte officiel de riposte du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères » de la République française, s’est fendu d’une vidéo pathétiquedans laquelle elle se moque des Maliens alors qu’elle se prépare à commémorer les attaques terroristes dont elle a été victime le 13 novembre 2015. 


La vidéo de 51 secondes en anglais et en français,  oppose une animation de propagande d'il y a trois ans, montrant des Russes aidant des Maliens, à des déclarations récentes d'experts russes niant toute responsabilité pour la sécurité interne du Mali, suggérant un abandon de la Russie. 


La bassesse de cette vidéo ne démontre pas seulement l’amertume du régime français, qui n’a toujours pas digéré de se faire chasser de ce qu’elle considérait comme son précarré. Elle donne des indices sur une opération de communication coordonnée avec les attaques terroristes.


Maria Zakharova, porte-parole du Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a d’ailleurs répondu le 14 novembre 2025 : « Nous constatons une vaste campagne d’information coordonnée depuis l’extérieur et visant à déstabiliser la situation dans ces pays sahéliens amis, ayant choisi une ligne indépendante en matière de politique étrangère.»


En effet, plusieurs indicateurs suggèrent une coordination informationnelle : des narratifs identiques relayés en même temps par plusieurs médias français et anglophones ; une montée brutale de comptes-trolls francophones publiant les mêmes éléments de langage ; des pics d’activité sur X/Twitter exactement au moment où les convois de carburant étaient attaqués ; la reprise mot pour mot de ces narrations dans des émissions et tribunes occidentales.


Tout cela donne des indices d’une coordination entre actions terroristes et pression psychologique. Le but est clair : terroriser, semer la panique, créer la confusion, inciter les Maliens à « regretter » la présence française, diviser le pays, et, idéalement, provoquer un soulèvement populaire ou un mouvement de bottes.


C’est du déjà-vu pour ne pas dire beaucoup-vu cette stratégie de tout mettre en œuvre pour faire regretter les choix souverains des États. La Guinée de Sékou Touré l’a subi, Haïti l’a subi, Cuba et le Venezuela la subissent encore.


La résistance de Bamako


Pour l’instant, l’opération a échoué. Bamako, annoncée par cette propagande « sur le point de tomber», se relève progressivement de la crise énergétique.


Sur le terrain informationnel aussi, le piège n’a pas pris : autorités, diplomates, militaires, citoyens maliens et amis ont riposté  avec fermeté et cohérence. La riposte, depuis le ministre des Affaires étrangères jusqu’aux anonymes sur les réseaux sociaux, a été claire et sans ambage.


La mémoire courte des donneurs de leçons


Le narratif propagé sur l’échec des autorités maliennes et de leurs alliés russes ne résiste pas à une analyse et un rappel des faits.


Depuis 2011, le Mali a subit le premier les conséquences directes de l’effondrement de la Libye : retour de combattants lourdement armés, dispersion d’arsenaux, implantation durable et alliance de groupes djihadistes avec des groupes séparatistes, fragilisation structurelle de l’armée.


Pendant plus de dix ans, l’opération Serval puis Barkhane (troupes françaises), couplée à la MINUSMA ( plus de 15 000 soldats de 55 pays au plus fort de la mission ) n’ont pas permis au Mali ni de recouvrer son intégrité territoriale ni de renforcer significativement  son Armée nationale.


Certaines zones du pays étaient interdites aux Forces Armées Maliennes, notamment la région de Kidal. Une décennie de statu quo, de dépendance, d’humiliation.


Depuis la réorientation stratégique menée par le Président Assimi Goïta et les autorités de transition, la situation a pourtant positivement changé.


En trois ans, tous les centres urbains majeurs ont été reconquis : sécurisation de Tessalit, Aguelhok, Léré en 2021, stabilisation de Gao et des axes stratégiques en 2022 et Reprise historique de Kidal le 14 novembre 2023, dont le Mali vient d’ailleurs de célébrer le deuxième anniversaire. 

Repoussés vers les périphéries, les groupes armés ont modifié leur stratégie et optent désormais pour des attaques ponctuelles visant l’arrière logistique.


La solidarité africaine aux abonnés absents


La solidarité est au cœur de nos valeurs ancestrales qui guident notre organisation sociale. C’est pourquoi les Pères Fondateurs Africains ont voulu institutionnaliser cette solidarité à travers l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union Africaine (UA).


C’est ainsi que l’Acte constitutif de l’UA en son article 3, fixe parmi ses objectifs : (a) « réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et entre les peuples d’Afrique » et «(b) la défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de ses États membres».


Mais que fait l’UA pour remplir cette mission essentielle ? Des communiqués. Des communiqués tout aussi creux que sans lendemain, à l’image du dernier en date du 9 novembre 2025. 


Dans ce communiqué, le Président de la Commission de l’Union africaine « exprime sa profonde préoccupation »,  condamne les « attaques ciblant les civils, les « enlèvements »,  et « réaffirme la pleine disponibilité de l’Union africaine à accompagner le Mali, […] en apportant l’appui nécessaire à leurs efforts en faveur de la paix et de la stabilité.»


Appui qui reste que des mots malheureusement. 


Pour les actes,  l’UA a suspendu le Mali, le Niger et le Burkina de ses instances en raison des changements qu’elle juge inconstitutionnels. Dans le même temps, l’UA n’a pas suspendu le Tchad après un changement inconstitutionnel en 2021 en tenant compte « de la complexité de la situation politique et sécuritaire actuelle au Tchad ». (Communiqué de la 996eme reunion du Conseil de paix et de sécurité de l'UA sur l'examen du rapport de la Mission d'enquête en République du Tchad, 14 mai 2021)


Ainsi, alors que le Mali, le Niger ou le Burkina Faso mène une lutte existentielle, « la complexité de la situation politique et sécuritaire » conduit l’UA à les suspendre et à faire des communiqués.


Kwamé Nkrumah qui martelait que « L’Afrique doit s’unir ou périr », doit se retourner dans sa tombe en constatant que l’Afrique est plus proche de périr que de s’unir. It’s a shame.


Baïla Amadou Traoré,

Citoyen Africain de Guinée