Points de vue

Des vétérans Guinéens décorés en Angola : retour sur un épisode de l’odyssée guinéenne en Afrique

Le Ministre de la Defense nationale de la République de Guinée, le Général Aboubacar Sidiki CAMARA, a reçu en audience six vétérans Guinéens de la lutte de libération d’Angola, selon un post du compte Facebook du département en date du 19 novembre 2025.


Ces soldats de la liberté africaine, ont été reçus par le Ministre à leur retour de Luanda, là où ils ont été décorés par le Président angolais João Lourenço dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de la République sœur d’Angola, après avoir également été décorés le 1er Novembre 2024 par la Guinée dans le cadre de la célébration de la fête de l’Armée.



L’occasion de revenir sur l’une des pages les plus glorieuses de l’Histoire de la République de Guinée : l’odyssée guinéenne de la libération de l’Afrique.


Un engagement panafricain concret 


L’hymne national de la République de Guinée commence par « Peuples d’Afrique, Le Passé historique, que chante l’hymne, de la Guinée fière et jeune, illustre l’épopée, de nos frères, morts aux champs d’honneur, en libérant l’Afrique. […] ». Ensuite lorsque la Guinée s’est exprimée pour la première fois à l’ONU, en tant qu’Etat indépendant, par la voix de Sékou Touré, elle clamera à la face du monde : «    la liberté de l'Afrique est indivisible et qu'en conséquence l'indépendance de la Guinée est inséparable de celle des autres peuples d'Afrique. »


Ces symboles et ces discours se traduiront par des actes concrets que l’Histoire retiendra et dont nous avons le devoir d’entretenir la mémoire. En effet la République de Guinée a mis à la disposition de plusieurs États et mouvements de libération nationale d’Afrique, ses modestes moyens financiers, humains et militaires. On peut citer par exemple de l’Afrique du Sud dans sa lutte contre l’apartheid, ou encore les Seychelles et les Comores(où des enseignants Guinéens furent envoyés).


Mais c’est dans les colonies portugaises d’Afrique que la contribution sera la plus significative et la plus impactante, particulièrement en Angola et en Guinée Bissau.  Dès juillet 1961, Amilcar Cabral qui a fondé le PAIGC en 1956, fait de Conakry sa base arrière et bénéficie du soutien indéfectible des autorités Guinéennes de l’époque.


Angola, symbole de l’engagement panafricain concret de la Guinée 


La Guinée appuie aussi le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) dirigé par Agostinho Neto qui visite la Guinée en juillet 1962 avec une importante délégation. La Guinée enverra en Angola un contingent guinéen à partir de 1965 pour soutenir le MPLA et l’aéroport de Conakry deviendra une base logistique extrêmement importante. Les avions Cubains et soviétiques y transitent pour acheminer équipements, armes et troupes vers l'Angola, ce qui constituera un appui décisif. Selon des témoignages oraux que j’ai reçus, la Guinée envoyaient en plus de soldats et d’armes, du pain et autres denrées de première nécessité.


Cet engagement vaudra notamment à la Guinée d’être attaquée le 22 novembre 1970 par le Portugal. C’est ce qui ressort notamment de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 8 décembre 1970 : 


[…]« Gravement préoccupé par le fait que l'invasion du territoire de la République de Guinée qui a eu lieu les 22 et 23 novembre 1970 à partir de la Guinée (Bissau) a été effectuée par des unités navales et militaires des forces armées portugaises, […]

réaffirmant le droit inaliénable des Peuples de l’Angola du Mozambique et de la Guinée (Bissau) à la liberté et à l'indépendance conformément à la Charte des Nations Unies et aux dispositions de la Résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale du 14 Décembre 1960, […]

 2. condamne énergiquement le gouvernement portugais pour son invasion de la République de Guinée ;

 3. exige que le gouvernement portugais indemnise intégralement la République de Guinée des importantes pertes en vies humaines et en biens causées par l'attaque armée et l'invasion et prie le Secrétaire Général d'aider le gouvernement de la République de Guinée à évaluer l'étendue des dommages causés ; […]»


À cette dernière proposition d’indemnisation de la Guinée par le Portugal, Ahmed Sékou Touré répondra dans un message adressé au Secrétaire Générale de l’ONU U Thant :  « le Gouvernement guinéen estime que la seule réparation acceptable par son Peuple est la proclamation immédiate de l'indépendance des territoires africains d'Angola, du Mozambique et de la Guinée-Bissao.» 


Ensuite, après la proclamation de l’indépendance de l’Angola, la lutte de libération va opposer trois grands mouvements rivaux : le MPLA (mouvement marxiste-nationaliste proche du bloc socialiste), le FNLA (soutenu à l’origine par le Congo et certains pays occidentaux) et l’UNITA (rébellion anticommuniste appuyée plus tard par l’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis).


Lors du Sommet extraordinaire de l'OUA, tenu à Addis Abeba du 10 au 13 janvier 1976, justifié exceptionnellement par le conflit qui se prolonge en Angola entre ces divers mouvements de libération, la Guinée s’aligne avec 22 autres États avec le MPLA tandis que 22 autres Etats soutiennent le FNLA et deux États l’UNITA.


Finalement c’est le MPLA m, que la Guinée a soutenu, qui a gardé le contrôle de l’Etat et qui reste encore le parti au pouvoir près de 30 ans après la fin de la guerre civile et du processus de réconciliation nationale.


Nous comprenons donc aisément et remercions vivement les autorités guinéennes et angolaises pour avoir rendu hommage à des soldats qui incarnent un l’idéal de la liberté et de l’unité africaine.


Baïla Amadou Traoré 

Citoyen Africain de Guinée